La Pizza Margherita. Buona. Bella. Dolce. Vera.

Laisse-moi te présenter Margherita.

Elle te dit quelque chose, non ? Tu as l’impression de l’avoir déjà croisée, comme une sensation de « déjà-vu ».

Mouais.

Sauf que toi, celle que tu connais, c’est « Margarita ». C’est la version transsexuelle de Margherita. Elle doit être sympa, Margarita – je ne dis pas, je ne la connais pas – mais pour te tromper et t’amadouer, elle se fait passer pour une belle Italienne et ça m’agace.

Sournoise. Sordide. Fausse.

Laisse-moi te dire qu’elle n’a STRICTEMENT RIEN d’une Italienne. Elle n’en a ni la classe, ni la douceur, ni la saveur, ni l’odeur.

Elle n’en a pas L’HISTOIRE.

Et pourtant toi – PAF ! – tu te fais avoir à chaque fois. Elle te fait les yeux doux, et tu fonces. A chaque fois. Et au lieu d’effeuiller et de croquer dans Monica Bellucci, tu te retrouves face à Rossy de Palma. J’ai envie de te dire, tant pis pour toi, hein.

Margherita, c’est une reine. C’est même la première reine d’Italie. L’Italie unifiée. Du nord au sud. Tu comprends ce que ça représente ? Tu comprends que Margarita, avec tout le respect que je lui dois – c’est-à-dire aucun – ne mérite que mon plus sombre mépris ?

Margherita, elle emballait les foules. Elle était charismatique. Elle se baladait dans toute l’Italie, allait à la rencontre du peuple et avait à cœur de montrer à quel point chacun de ses habitants faisait partie d’un seul et même pays : l’Italie.

L’Italia. Buona. Bella. Dolce. Vera.

Elle était très populaire, Margherita. Un jour, en juin 1889, elle s’est rendue à Napoli. Événement. Toute la cité in fibrillazione. Tu les imagines, les Napolitains, accueillant la toute première reine d’Italie ? Ils ont dû sortir leurs plus beaux atours. Mettre les plus belles nappes. Gesticuler dans tous les sens pendant des jours. Sortir la mandoline et composer des poésies d’amour à la gloire de la regina. Ils ont dû en faire DES TONNES, ces excessifs. Ils ont dû en parler des jours durant, avant. Et des jours durant, après.

Et puis il y a Raffaele. Raffaele Esposito. Dans sa petite boulangerie napolitaine. Qui se demande comment il allait bien pouvoir exprimer sa gratitude à la reine qui leur rendait visite pour la première fois. Comment il pourrait montrer toute la fierté qui était sienne d’être Italien dans une Italie tout juste unifiée. Et comment il aurait aussi, avec orgueil et pour la reine, rendu sa belle Napoli connue dans le monde entier.

DANS LE MONDE ENTIER.

On devrait tous avoir une petite icône de Raffaele dans nos portefeuilles. En mémoire. Pour le remercier.

Il n’avait pas grand-chose à disposition Raffaele. Il n’était pas très riche. Mais il avait envie de faire partie de la fête, à sa manière. Alors avec beaucoup d’amour et un peu de magie, Raffaele, il a pris une boule de son plus beau pain. Il l’a étalée devant lui et a composé son poème dédié à l’Italie.

Tomates. Mozzarella. Basilic.

La drapeau italien. Les tomates les plus juteuses de sa Campania. Sa mozzarella di bufala qu’il allait choisir lui-même là-haut dans la montagne. Son basilic le plus précieux, le plus chatoyant. Rien n’était trop beau pour l’Italie et pour Margherita.

Il a surveillé son œuvre dans le four à bois, fait dorer et l’a déposée dans sa vitrine, en nettoyant bien tout autour, pour que ce soit beau.

Et quand Margherita s’est arrêtée devant ce merveilleux éloge à l’Italie unifiée, elle en a saisi un morceau avec les doigts. Tu le vois, Raffaele, les bras sur les hanches, tout écarlate de fierté ? Même la regina Margherita mangeait sa pizza napoletana avec les mains !

Cette pizza, c’était son cadeau pour Margherita, pour Napoli, pour l’Italia.

La pizza margherita était née. Et elle allait devenir le symbole le plus triomphal de l’Italie dans le monde. Une explosion de simplicité.

Bien chaude, bien croustillante, coulante de ces tomates si savoureuses qu’on en redécouvre le goût à chaque fois. Filante de sa mozzarella di bufala. Embaumant le basilic. Quelques bijoux pour la première reine d’Italie.

Alors écoute-moi bien attentivement.

Tu vas cesser de souiller et travestir la margherita. Tu vas fracasser la tête du restaurateur qui veut te servir une « margarita ». Personnellement, la seule Margarita que je connais, elle est sucrée, dans mon verre, et elle me fait danser debout sur la table malgré moi.

Tu vas te souvenir de l’histoire de Raffaele Esposito, dans sa petite boulangerie napolitaine. Et tu vas, toi aussi, refuser la fatalité et redonner à Margherita et Raffaele tout le respect et l’estime qu’ils méritent.

Tu ne pourras plus te tromper à l’avenir. Tu ne DOIS plus te tromper à l’avenir. Tu n’as PLUS LE DROIT, parce que c’est l’histoire de l’Italie tout entière qui est entrée un peu dans ton cœur et qui est dorénavant entre tes mains.

Alors, souviens-toi.

Margherita.

Buona. Bella. Dolce. Vera.

Comme l’Italie.

Grazie Raffaele. Grazie di cuore.

@flonot

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=vmTP3k22f0I&w=420&h=315]

16 responses to “La Pizza Margherita. Buona. Bella. Dolce. Vera.

  1. Pourquoi j’ai l’impression de connaître le nom de Raffaelle Esposito comme quelque chose que j’aurais déjà entendu en Italie (sans pourtant savoir son histoire) ? Y aurait-il des rues dédiées à cet illustre personnage ? Ou un culte religieux ? La Chiesa di San Raffaelo Esposito, a Napoli, non c’è ?

  2. Stéphanie

    C’est là que je vois que j’ai de la chance d’être née dans la 2e Italie (la Belgique francophone, côté sud ouest), des vraies Margherita toutes en douceur, finesse et délicatesse, on en sert ici. Et c’est bon (même si ici on se pèle les miches, on ne peut jamais tout avoir).

  3. Katine_

    La Margherita n’est pas une inconnue dans mon pays grâce aux nombreux italiens expatriés qui ont amenés avec eux leur savoir faire et leurs recettes :-)

  4. Cyn

    Quel magnifique article !!! Je n’ai pas commenté les précédents et pourtant, ce n’est pas faute de les avoir TOUS lu et d’être FAN !!! Je t’ai déjà complimenté sur Twitter mais franchement, encore une fois, sei molto brava a scrivere a proposito dell’Italia, mamma mia … :-)

  5. Jean-Pierre

    N’empêche que la Margarita Picard elle est franchement pas mal. Surtout avec un peu de gruyère rapé dessus en plus.

  6. Francesco

    et la seule adresse au monde ou déguster la vraie Margherita senza pappochie c’est via Cesare Sersale a Napule (pe’ taliano Napoli).

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