Les Papardelle de Nonno Giulio – Siena

Il n’y a pas de photos.

Parce que c’est un endroit secret. C’est mon endroit secret. Je n’y amène que mes amis les plus chers.

Perdu dans les bois, sur une colline Toscane, à quelques minutes en voiture de Sienne. A Piscialembita. C’est un lieu-dit.

Au beau milieu d’une route escarpée en pleine foret, là où tu peux croiser la nuit des familles entières d’Istrici  – des Porc-Epics (gros comme un sanglier) (mais ça fait encore plus peur) (c’est du vécu) – un petit chemin de terre t’accompagne vers une maison.

On dirait qu’on rentre chez quelqu’un. On pense s’être trompés, même. On ose à peine s’approcher.

Mais non, c’est bien là.

Une vaste maison, les Italiens assis sur la grande terrasse, qui boivent du Brunello ou du Rosso di Montalcino, ou du Chianti, en riant fort et en gesticulant.

Les Italiens – vous pensez – parlent fort.

Essayez-voir les Toscans.

Ils hurlent. Avec leur grosse voix. Tu es dans la région où Dante Alighieri est né, leur accent est bizarre. Ici, on parle l’Italien originel, celui de la Divina Commedia. On s’y croirait vraiment, d’ailleurs. On s’attend à voir débarquer Paolo e Francesca à tous moments (référence).

En France on me reproche de parler fort, je suis une Italienne hein, mais en Toscane j’ai l’impression d’avoir 8 ans et une toute, toute petite voix. Un filet. Genre comme Carlita (non jdéconne ahah).

Ils jurent. Beaucoup. Tout le temps. En se donnant de grandes tapes sur l’épaule. Ils jurent sur le Ciel, sur la Terre, sur Dieu, sur Il Cristo, sur Judas, sur la Madonna, sur tutti i Santi, sans arrêts.

Pour se dire “Ciao !” : Ils jurent.

La première fois j’étais choquée, moi qui ne suis pourtant pas exactement l’exemple parfait en matière de non-utilisation de jurons. Puis chez moi, dans les Pouilles, on ne jure pas. Sacrilège.

Ils boivent et mangent. Beaucoup. C’est gargantuesque. Les repas n’en finissent pas. Ils vouent un culte sans nom à leur charcuterie, à leur vin, à leur viande, à leurs champignons. Même aux pigeons. Oui, on mange du pigeon à Sienne.

C’est MÉDIÉVAL.

Mais au XXIe siècle. Et ils ne le font même pas exprès. Ce sont les spécialistes des repas dans la rue. Pour un oui ou pour un non, Hop ! Ils bouclent tout, montent des kilomètres de tables dans les rues étrusques, et se font passer les assiettes fumantes de Pasta en s’essuyant la bouche avec le bras.

Franchement, j’exagère à peine.

Leur table : c’est un Autel.

Puis ils chantent des chansons paillardes Toscanes… Enfin, ils chantent. Façon de dire.

Mais on n’y mange pas le cheval. Jamais. Pour aucune raison. D’ailleurs on s’insurge et menace bruyamment lorsqu’une pauvre innocente – moi, au hasard – évoquerait simplement l’idée que c’est bon, le cheval. J’en ai fait les frais. On n’en parle pas, on ne l’envisage pas. Je vous parlerai du Palio de Sienne, ça s’explique comme ça.

Si l’Italien est orgueilleux… LE TOSCAN EST L’ORGOGLIO !

Le Toscan est peut-être même bien l’équivalent du Français dans le chauvinisme et le complexe de supériorité. Ah nan, nan, j’exagère, vous êtes bien entendu imbattables sur ce point. ;-)

Alors ici, tu es dans l’Osteria de Nonno Giulio.

Assied-toi, prego.

Là où tu manges typiquement Toscan, voire typiquement Siennois.

Là où tu es immergé dans la foret, pas de bruits aux alentours à parts les sons parfois bizarres des bois. L’été, quand Sienne suffoque sous 35 degrés la nuit, il suffit de parcourir ces quelques kilomètres qui te séparent de la fraîcheur du bois de Nonno Giulio pour respirer.

Tu y es, et il y fait frais.

C’est mon Osteria de prédilection, chaque fois que je retourne en terre Siennoise. Parce qu’on y mange la cuisine de la Mamma, comme à la maison. Parce qu’elle n’est pas encore tout à fait connue des milliards de touristes qui envahissent la Toscane chaque été.

Même si – O désespoir – l’été dernier j’ai vu une famille Dutch y diner, et je me suis dit que c’était le début de la fin. Je me suis roulée par terre en pleurant. J’ai supplié à genoux Nonno Giulio en agrippant son tablier DE NE PAS LAISSER FAIRE CA.

NONNO GIULIO NE PEUT PAS SERVIR DES PAPARDELLE AU SANGLIER A DES HOLLANDAIS. ILS NE COMPRENNENT PAS CE QUE C’EST. ILS NE VOIENT PAS LA DIFFÉRENCE AVEC DES BITTERBALLEN ET DES FRITES.

C’est comme si, je sais pas moi, on servait un Boeuf Kobé à un végétarien. Ou si on mettait de la crème et du paprika dans la Pasta alla Carbonara ! ;-)

Donc allons-y vite avant que toute la Hollande ne débarque avec sa langue trop moche et son Heineken dégueulasse.

(Oui, c’était ma minute “Je déteste les Hollandais”. Ca devait arriver. Mais c’est affectueux, amis des Pays-Bas bonjour !)

Pour commencer, évidemment tu choisis l’antipasto misto Toscano. Une succession de délicieux crostini tartinés avec les différents “caviars” de la région : tomates, olives noires, olives vertes, artichauts..

Accompagnés de leur divine charcuterie Toscane. Prosciutto Crudo e Salame.

Attention, ici je te l’ai dit, tu es dans la région de Dante. Donc la charcuterie, c’est pas pour les mauviettes. C’est bien salé, et bien gras. Dantesque !

Et là, tu ne regardes même pas la carte et tu demandes qu’on t’apporte le meilleur primo piatto de la Toscane toute entière : Les Papardelle al Ragù di Cinghiale.

Demande-le avec une grosse voix. PAPPARDELLE AL CINGHIAAAALE.

Les Toscans chassent eux-mêmes le sanglier. Ca ne déconne pas, je ne sais pas si tu as  déjà vu un sanglier en vrai, mais moi, je le préfère clairement dans mon assiette.

Maintenant que tu sais ce qu’est un vrai ragù, je t’autorise à goûter le ragù di cinghiale. C’est une viande à la saveur forte, mais grâce la douceur de la tomate, c’est juste… mmmh, perfetto !

Les Papardelle sont des pâtes aux œufs, famille de la tagliatella, mais beaucoup plus larges. Les Papardelle, c’est l’ABONDANCE.

Ce plat, c’est il Medio-Evo Italiano dans ton assiette. Tu as envie de taper du poing sur la table tellement c’est bon, c’est rustique, c’est viril. Tu perdrais presque toute notion d’élégance et de savoir-vivre en le mangeant.

Mais tu es en Toscane, alors tu te tiens bien, arrête de te prendre pour Obélix, parce que le Toscan est viril MAIS ÉLÉGANT. Rude MAIS GALANT.

Ah ça, oui, le Toscan est viril. Soupir. Hum.

Ensuite pour le reste du repas, tu peux te laisser aller à choisir toi-même sur la carte ce qui te fait plaisir. Je vais te laisser voler de tes propres ailes. Ne me déçois pas.

Et pour le vin, laisse Nonno Giulio te conseiller.

Aie confiance.

Maintenant que je t’ai confié cet endroit secret, j’espère que tu mesures la chance que tu as :-)

Toute la Toscane te regarde.

Ciao bello.

@flonot

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Nonno Giulio, Sovicille – Località Piscialembita 157, 53018 Sovicille – +39 0577 314152

Osteria Le Logge – Siena

Via del Porrione, 33  – 53100 Siena – Tel : +39057748013

La Salle Principale

Alors c’est bien simple.

Cette Osteria, c’est la meilleure Osteria dans laquelle j’ai eu l’occasion de manger. Le cadre y est peut etre pour beaucoup dans mes souvenirs, puisqu’elle se trouve à deux pas de la sublime Piazza del Campo à Sienne. Un cadre magique !

Si on aime la cuisine Toscane – la cuisine de la Terre – une cuisine riche, variée, mais toujours à base d’ingrédients simples juste merveilleusement cuisinés, c’est l’adresse à ne pas manquer.

Le service y est formidable, à l’italienne toujours, à la Siennoise en particulier : non seulement vous y mangez bien, mais en plus on tient à ce que vous mangiez bien. Il en va de l’honneur du serveur, de l’Osteria, de la Piazza del Campo, de la ville tout entière.

Je n’ai pas de descriptions assez dythirambiques pour qualifier la cuisine et le cadre. Une grande salle qui déborde sur la rue en une terrasse quasi improvisée pour les chaudes soirées estivales. On a l’impression de diner dans une bibliothèque ou quelque part, les bouteilles de vin ont remplacé les livres. Le vin, parlons-en, viril, avec du corps, pas pour les mauviettes – Toscan, quoi. Parfait pour accompagner leur incroyable « Bistecca alla Fiorentina » qui fond dans la bouche.

Une note particulière pour un antipasto – j’en ai encore les larmes aux yeux : le « Vitello Tonnato » est absolument incroyable, des fines tranches de roti de veau bien roses, présentées en petites fleurs et accompagnées d’une sauce au thon et aux capres divine. Le meilleur – et de loin – que je n’ai jamais eu l’occasion de gouter.

Je retourne souvent à Sienne – j’ai eu la chance incommensurable d’y vivre 2 ans ; et parfois j’y retourne juste pour pouvoir m’asseoir dans cette petite rue médiévale, dans cette Osteria, et commander un « Vitello Tonnato ABBONDANTE » au serveur qui sourit.

Le reste est délicieux. Les ravioli faits maison, la viande… l’Osso Bucco…

Tout, sans aucune exception !

@flonot